Où est Blanqui ?

161011

« Citoyens, entonnez en chœur le cantique de la délivrance ! »

Par Arnold Bugnet

Qu’on se le dise, l’épisode de la Commune de Paris est devenu, insidieusement, à coup de circulaires officielles et oublieuses, l’événement le plus clivant de l’histoire de France. Et Jean Jaurès peut bien se retourner dans sa tombe. 

Ce tremblement, que Marx perçoit à l’époque comme le premier soulèvement prolétarien est aujourd’hui absent des programmes scolaires Français (sic). Disons que son enseignement n’est plus obligatoire, pour plus de justesse. C’est à dire que le ministère de l’éducation ne la considère plus comme un fait majeur ou digne d’intérêt pour nos chères têtes blondes, à l’heure où porter les cheveux longs ne veut plus rien dire d’autre qu’une complaisance physique – rappelons nous qu’il n’en a pas toujours été ainsi. C’est l’économie d’une histoire faussement raccord avec les valeurs de modernité que l’éducation entend véhiculer, une histoire expurgée, bonne pour le père la morale, cette espèce de Jean Foutre paternaliste et castrateur incapable d’accorder la moindre étincelle de conscience politique à un mineur autrement qu’en le poussant au consumérisme. Un pousse au crime si tu veux mon avis.  

Mais de qui parle t-on ?

Ce n’est pas tant la révolte en elle même que les hommes qui l’ont fait qui dérangent, les chiffres aussi ; plusieurs centaines d’assassinats sont à l’actif des communards les plus extrémistes et violents, une poignée d’hommes en fait (des « vengeurs » pour la plupart – nous y reviendrons), et vraisemblablement, au bas mot, 17 000 exécutions sommaires, sans réel jugement, dans les rangs des parisiens fédérés, et ce durant la seule semaine sanglante de Mai 1871. Des « montagnes de corps » s’amoncèlent dans les cours intérieures des immeubles et dans les grands parcs de la ville où sont installés les prévôts. Le gouvernement Thiers, le premier de la troisième république, donne alors un exemple de répression policière à la française qui sera salué par tous les porte-paroles de grandes nations en voie d’industrialisation et le Vatican. 

La Basilique du sacré cœur, cicatrice béante plantée sur la butte Montmartre, haut lieu de résistance durant la Commune, est d’ailleurs un édifice religieux dont la construction a été décrétée par le vote d’une loi qui donne naissance à une politique d’« ordre moral » en 1873, pour assurer la visibilité et affirmer l’influence de la religion catholique sur l’état Français, face à la monté des mouvements républicains, dont la Commune aura été l’instigatrice incontestable.

Je ne veux pas retracer en détails le déroulement de la Commune de Paris dans ces lignes, ce n’est pas le propos. Pour l’Histoire, vous pouvez vous tourner vers le film « la Commune » de Peter Watkins  et « Mes cahiers rouges au temps de la commune » de Maxime Vuillaume (fédéré parisien, rédacteur du « Père Duchêne » contraint, comme beaucoup d’autres à l’exil), et dont la préface de Gérard Guégan est un brûlot incendiaire d’une actualité sidérante. 

Une histoire d’hommes, donc, et de faits divers. En 1871, la France est mûre pour l’anarchie, l’absence de gouvernement, le suffrage universel, la parité homme/femme, la suppression du travail des enfants, qui triment alors 16 heures par jours, comme n’importe quel adulte. Germinal de Zola ne sera publié qu’en 1885. Mais le champion de la troisième république, proclamée en 1870, Adolphe Thiers, à la tête d’un gouvernement désavoué d’emblée par le peuple, ne l’entend pas de cette oreille. Aux prémices de la prise d’armes parisienne, il fait mettre aux arrêts Louis Auguste Blanqui, dit « l’enfermé », impossible à trucider en raison de son influence sur le peuple, et ce depuis belle lurette. C’est que Blanqui est un personnage trouble mais charmant, instrumentalisant dictature et socialisme dans une tambouille métaphysique typiquement française et franc-maçonnique. Son projet est simple : il entre et sort de prison comme dans un moulin, où il passe 33 ans de sa vie pour son implication dans plusieurs émeutes et insurrections.

Charismatique en diable, voici ce que Blanqui rétorquât lors d’un précèdent procès, assurant lui-même sa défense:

« Oui, Messieurs, c’est la guerre entre les riches et les pauvres : les riches l’ont voulu ainsi ; ils sont en effet les agresseurs. Seulement ils considèrent comme une action néfaste le fait que les pauvres opposent une résistance. Ils diraient volontiers, en parlant du peuple : cet animal est si féroce qu’il se défend quand il est attaqué. » 

Marx, encore lui, dit de la Commune qu’elle n’aurait pas eu le même visage si notre homme s’était trouvé à Paris pendant la révolte. Les « vengeurs », ses plus fidèles supporters, courent alors la ville en état de siège à la recherche d’otages qu’ils offrent de céder à Thiers en échange de la libération de Blanqui. De petits comités haranguent la foule, palabrent, couteaux à la ceinture, appellent au meurtre. Le refus qu’ils essuient signe le basculement de ces communards dans la criminalité de fait divers. Tout y passe : moines, prêtres, notaires, soldats. C’est la terreur d’un petit nombre, la dialectique de la lutte des classes qui est à l’œuvre. Julius Puech, personnage de fiction cyber-punk, donne un éclaircissement sur une situation digne d’un roman d’anticipation et pourtant encore actuelle : 

« L’attitude politique de choisir le moindre mal comme allié objectif est interdite : c’est une saloperie éthique  (…) Celui qui décide de rompre la Règle s’offre à la vindicte et à la mort infamante réservée aux traitres et aux regroupements fascistes : la mort sans mobile artistique».

Engels, l’ami  de Marx, en rajoute une couche :

« Blanqui est essentiellement un révolutionnaire politique ; il n'est socialiste que de sentiment, par sympathie pour les souffrances du peuple, mais il n'a pas de théorie socialiste ni de projets pratiques de transformation sociale. Dans son activité politique il fut avant tout un "homme d'action" qui croyait qu'une petite minorité bien organisée pourrait, en essayant au bon moment d'effectuer un coup de main révolutionnaire, entraîner à sa suite, par quelques premiers succès la masse du peuple et réaliser ainsi une révolution victorieuse. (...) De l'idée blanquiste que toute révolution est l'œuvre d'une petite minorité dérive automatiquement la nécessité d'une dictature après le succès de l'insurrection, d'une dictature que n'exerce naturellement pas toute la classe révolutionnaire, le prolétariat, mais le petit nombre de ceux qui ont effectué le coup de main et qui, à leur tour, sont soumis d'avance à la dictature d'une ou de plusieurs personnes.»

Tout est affaire de formes, de tournures que prennent les événements à venir, de ce que je définis comme la cituation, une contraction impérieuse de la situation et de la citation, pour clouer le bec à Guy Debord.  Oui, c’est bien ici et maintenant que l’anarchie devrait naitre à nouveau, et ne plus être un geste sans lendemain. À bien y regarder, Blanqui n’était nulle part, mais Blanqui est partout, encore aujourd’hui, avec son « ni dieu ni maitre ». Et le mot de la fin, pour le moment, revient encore au Julius spinoziste de Pouy : 

« Moi, j’était bien, mon maigre pouvoir me suffisait, mon parti pris esthétique me conduisait tout droit vers une mort définitive et acceptée en tant que telle. Dieu mourrait effectivement avant moi. »

 

 

Éditorial

Bas les masques !

Le mouvement citoyen Occupons Montréal, comme la plupart des mouvement d’occupation à travers l’Amérique du Nord, a été évincé de son campement. C’était prévisible. C’est sans conséquences. Contrairement à certains avis désinformés exprimés dans les médias au Québec, ça ne marque pas la fin de mouvement. Au contraire.

 

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Coordonner les actions interlocales

 

Je vous présente aujourd’hui un outil pour le mouvement. Il est simple et pratiquement gratuit. Il faut le faire, mais ça ne représente qu’un petit effort technique. C’est une «carte des outils sociaux locaux». Ça sert à organiser les efforts locaux et à coordonner les actions interlocales. L’exemple que voici est minimaliste et ne présente que les pages Facebook. Nous ajoutons ensuite des icônes pour d’autres types d’outil, comme une chaine vimeo, un forum, un agenda, un site, etc.

 

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Portrait

Boys don't cry

 

Comment réussir à ne pas prononcer de noms, pour échapper à l’aura de mode  qui les poursuit et les confond depuis que leurs films appartiennent à un petit nombre ? Les nommer serait ôter aux autres le pouvoir d’évocation d’un portrait où l’on voit double, voir triple. Je laisse le soin au lecteur de combler le vide des initiales, si seulement elles viennent, sous la forme de fantômes iconiques de la cinéphilie, qu’il faudra comprendre comme un désir libidinal profond et provoquant, et non comme une conversation de salon entre étudiants. C’est une histoire de dégout et de sacré. Une affaire d’hommes.

 

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