Boys don't cry

161011

Se voir soi même à l’intérieur

Par Arnold Bugnet

 

Comment réussir à ne pas prononcer de noms, pour échapper à l’aura de mode  qui les poursuit et les confond depuis que leurs films appartiennent à un petit nombre ? Les nommer serait ôter aux autres le pouvoir d’évocation d’un portrait où l’on voit double, voir triple. Je laisse le soin au lecteur de combler le vide des initiales, si seulement elles viennent, sous la forme de fantômes iconiques de la cinéphilie, qu’il faudra comprendre comme un désir libidinal profond et provoquant, et non comme une conversation de salon entre étudiants. C’est une histoire de dégout et de sacré. Une affaire d’hommes.

Les deux dont on parle n’ont rien en commun hormis leur penchant sexuels et leurs métiers – ils en ont plusieurs – auteur, scénariste, metteur en scène. Ils écrivent, beaucoup, et ils passent derrière la caméra comme un membre viril et gonflé de l’anatomie d’après guerre qui secoue encore les années soixante. 

Ce sont deux cinéastes de la fin des temps qui conjuguent l’histoire en autant de langueurs qu’il y a de films. Chacun à une saveur, une couleur ou un motif qui en est la matière impulsive. Souvent un regard suffit. Leurs plans sont précis. Ils font du cinéma mitraillette. Ils réalisent plus de films qu’ils n’ont de temps pour le faire, à bout de souffle, à bout portant. Il en va de leur vie. Et pourtant ce cinéma retarde la fin de toute chose, il la retient dans sa chimie révélatrice. Chaque personnage porte son avenir au delà de la pellicule, jusqu’à la mort certaine, et réside pour ainsi dire dans ses écritures en vagues, pour osciller entre liturgie et burlesque. 

Pour le moment, faire diversion, donner une fausse piste : Jean Genet. Point de chute ? Balancer son corps au monde sous un soleil de plomb. Les couteaux sont de sortie, bandent entre les mains de voyous. Une bagarre lancinante éclate. Les cadavres sont déjà là, pas encore de victimes. Rien à voir. Circulez !

Adapté au cinéma, on se rend compte à quel point le mouvement de l'auteur Genet est un devenir cinématographique; celui qui rapporte ce fait divers dans son Journal du voleur "Il dévalisait les pédérastes - ou pédales - j'ai su par un copain, qu'une auto, conduite par une de ses victimes, le rechercha longtemps à travers Paris, afin de l'écraser "accidentellement". Il y a de terribles vengeances de tantes." – et qu'on se souvienne de l’assassinat de ce réalisateur Italien, Pier Paolo Pasolini. Le nom est lâché. Genet écrit en avance sur le crime, précipitant dans son récit un étranger sous les roues d'une bagnole pulsion - Genet, qui lui, étranger, ne l'est nulle part.

Voici ce que dit le rapport d’autopsie, se voir soi même à l’intérieur, du  corps sans vie retrouvé sur une plage romaine en 1975, au beau milieu des années de plomb. On y devine une chaine de faits troublante, mise en scène digne d’Accatone, son premier film : 

« Il était couché sur le ventre, en jeans et maillot de corps, un bras écarté, et l’autre sous la poitrine, les cheveux, pétris de sang, lui retombaient sur le front. Les joues, habituellement creuses, étaient tendues par une enflure grotesque. Le visage, déformé, était noirci par les hématomes et les blessures. Les mains et les bras étaient meurtris et rouges de sang. Les doigts de la main gauche étaient coupés et fracturés. La mâchoire gauche brisée. L’oreille droite à moitié coupée, la gauche complètement arrachée. Des blessures sur les épaules, la poitrine : avec les marques de pneus de sa voiture… Entre le cou et la nuque, une horrible lacération. Aux testicules, une ecchymose large et profonde. Dix côtes brisées, ainsi que le sternum, le foie lacéré en deux points, le cœur lacérée… »

Tout se passe dans le thorax. Même lorsqu’il cesse de battre, le cœur s’agite de cette chaleur anormale qui rougeoie encore après le dernier souffle. C’est la couleur du sang qui s’arrête de couler. Rouge, comme les brigades et la bande à Baader.

Oui, c’est ça, il faut commencer par la fin, brûler le cinéma par les deux bouts, et en crever d’épuisement au montage de son dernier film, « Querelle de Brest », d’après Jean Genet, pour qu’être spectateur devienne un effort – un être muscle - qu'on repense aux athlètes d'une Allemagne pas si lointaine. Son Nom, Rainer Werner Fassbinder : mort à 37 ans de plus de 37 films, et ses épaules se soulèvent encore. C’est ce que l’ami Wim Wenders appellerait le recul de l’arme :

« Just as the hunter is not struck by the bullet, through, But only feels the recoil of the explosion,

(…)

 What then is the recoil ?

How do you feel its impact ?

How does it affect the subject ? »

Ils tirent sur la foule des salles obscures avec des plans sans fin.

Il faut voir leurs films en gardant à l'esprit cet effort d’un cinéma d’action, tourné de force, accompli de grâce au prix de leur vie, pour entrevoir le héros qui les lie à Genet, interlope et physique, scandé sans virgule dans une apnée littéraire et cinématographique sans précédent.

La fièvre est partout, urgente. Ils font de la mise en scène d’émancipation qui freine le siècle déjà éteint entre nos mains. Il est trop tard, le mal est fait, radical. Alors Ils réalisent littéralement leur époque. Ils poursuivent un romantisme dont l'inquiétude de la perte est la rédemption.

Ils s’attaquent à celui qui regarde avec sincérité, pour en faire un spectateur de son temps – post Blitz, néo réaliste - appelez ça comme vous voulez, n’empêche que ça refoule jusqu’ici, par le cœur, qui fait quelque fois du cinéma une expérience vitale et mortelle.

 

 

Éditorial

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Je vous présente aujourd’hui un outil pour le mouvement. Il est simple et pratiquement gratuit. Il faut le faire, mais ça ne représente qu’un petit effort technique. C’est une «carte des outils sociaux locaux». Ça sert à organiser les efforts locaux et à coordonner les actions interlocales. L’exemple que voici est minimaliste et ne présente que les pages Facebook. Nous ajoutons ensuite des icônes pour d’autres types d’outil, comme une chaine vimeo, un forum, un agenda, un site, etc.

 

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Portrait

Boys don't cry

 

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